Vendredi 10 janvier à 20h

cinéma Le Fresnoy - studio national des arts contemporains

entrée gratuite

#57/ BELOVY

De Victor Kossakovski – Russie - 1992 – 60 min - vosfr

 

On se souvient encore de Sreda (Sémaphore #50), un film fait de la rencontre avec les 101 personnes nées le même jour que Viktor Kossakovski à Saint-Pétersbourg, de la grossesse de cette mère fumeuse, indépendante et râleuse, du cri final d’un bébé qu’on aura attendu jusqu’à notre dernier souffle.

Il y avait quelque chose dans ce film, sa façon brusque et libre de se construire, quelque chose qui pouvait évoquer cette fameuse et indéfinissable âme russe.

Belovy (les Belovs), un des premiers Kossakovski semble en être imprégné jusqu’au dernier de ses photogrammes.

Le film commence paisiblement au fil de l’eau dans un beau grain noir et blanc sur fond de musique presque débile. Et l’on tombe sur Anna, paysanne qui d’emblée semble concentrer en elle cette précieuse âme russe. Elle vit avec son ivrogne de frère, Mikhaïl, qui la regarde travailler en philosophant sur l’homme, l’état, les soviets. On pourrait penser à ces bons vieux premiers « strip-tease » du magazine belge, et ça ne serait déjà pas si mal, mais Kossakovski continue son chemin, s’amuse et prend ses libertés, on ne s’en rend pas compte mais il nous emmène tout doucement quelque part.

Anna chante. C’est de l’amour pur qui la fait tenir droite sur cette terre russe. Elle parle aux vaches (mes soleils) aux carottes, aux hérissons. Le film s’enroule autour d’elle comme une écharpe autour d’un cou sensible en hiver. Jusqu’à cette séquence finale.

On peut penser parfois qu’un film n’est qu’un écrin pour servir en fait qu’un seul vrai plan sublime, de ceux que le cinéma du documentaire et du vivant peut servir, si comme ici, le frère, la sœur, la vodka et le temps se mettent d’accord pour nous accorder d’entrevoir l’humanité dans son essence la plus pure.

 Gilles Deroo.

 

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